Samedi 28 mai 2011 6 28 /05 /Mai /2011 02:14

Depuis quelques jours, le camp de réfugiés de Choucha, à la frontière entre la Tunisie et la Libye est en proie à des violences dévastatrices.

Les tensions qui en sont à l'origine étaient déjà palpables depuis plusieurs semaines. Mais la communauté internationale ne s'est guère mobilisé pour éviter ce drame qui est une conséquence directe de l'opération conduite par l'OTAN en Libye.

Un témoignage révélateur.


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Vendredi 6 mai 2011 5 06 /05 /Mai /2011 20:44

Les rues de Tunis viennent de renouer avec les scènes de violence policière les plus brutales. Ne parlons même pas des lacrymogènes et des mouvements de chars, mais des coups de matraques sur des manifestants pacifiques, des coups de pieds aux ventres et à la tête assénés à des jeunes filles inoffensives...

Une brutalité qui doit surement plus à l'esprit de vengeance d'une partie de la police qu'à la froide technique de gestion de manifestations. On peut s'attendre, en tout cas, à ce que ces scènes relancent de plus belle le cycle des manifestations. (La rationalité des techniques de répression brutale m'a toujours échappée !)

 

Une série d'inquiétudes

Cette brusque montée de tension était prévisible. Depuis plusieurs semaines une série d'inquiétudes ternit l'euphorie révolutionnaire :

- le maintien des cadres du RCD dans toutes les administrations et notamment dans la police,

- les manoeuvres de contre-révolution, en particulier les récentes « évasions » de détenus simultanées dans plusieurs prisons, pour relâcher dans la nature des voyous prêts à participer aux basses œuvres et aux coups tordus,

- la réhabilitation de Bourguiba par les vieux destouriens aux commandes qui n'ont pas compris que cette révolution n'est pas tournée vers le passé et ses rêves de grandeur menée à la baguette par un Etat omniscient et omnipotent, mais vers l'avenir et le besoin d'ouverture d'une société libre et intransigeante sur ces droits,

- L'interférence des acteurs occidentaux dont l'implication dans la région ne parvient à se défaire du soupçon d'assujettissement à des priorités contraires aux intérêts des peuples arabes.

Globalement, les artisans de la révolution redoutent une confiscation de leur victoire, une trahison, voire un retour en arrière. On sentait donc monter l'envie d'exprimer cette inquiétude et de recréer le rapport de force pour faire consolider les acquis et progresser dans la rupture avec l'ancien régime.

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Le détonateur

La video, diffusée hier sur Facebook, de l'interview de l'ancien Ministre de l'intérieur, Ferhat Rajhi (limogé sous la pression d'une partie de la police parce qu'il voulait faire le ménage !) a servi de détonateur parce qu'elle donné corps à ces hantises en faisant vibrer trois cordes sensibles :

- le régionalisme (les gens de la côte confisque le pouvoir au détriment de ceux de l'intérieur),

- la manipulation par des artisans de l'ancien régime, toujours prêts à agir dans l'ombre pour servir des intérêts inavouables,

- la reprise en main par l'armée qui s'apprêterait à prendre le pouvoir en cas de victoire électorale d'En'Nadha.

On ne sait pas très bien si ces considérations, livrées en off et diffusées sans l'accord de l'intéressé par des journalistes bloggeurs, sont étayées, ou s'il s'agit de procès d'intention, ou de supputations. Mais elles sont entrées en résonance avec la peur et la colère du moment, et lancé une mobilisation qui, coups de matraques aidant, pourrait amorcer une nouvelle étape dans le processus politique en cours.

 

Fracture, nouvelle révolution ou reprise en main ?

Sauf que cette fois le consensus manque et que le risque de fracture est réelle. Cette séquence illustre en effet toutes les faiblesses de la situation.

La place d'abord qu'y occupent le soupçon et la rumeur mal canalisés par une information qui oscille entre la pesanteur institutionnelle des anciens médias et la diffusion virale de nouvelles ni vérifiées, ni contextualisées sur les réseaux sociaux.

Le spontanéisme ensuite : aucune force politique n'a, pour l'instant, la capacité d'encadrer une expression populaire de toute façon plutôt allergique à la récupération partisane. Chaque acteur, plus ou moins organisé, définit lui même ses objectifs, sa méthode et ses limites. Quiconque entend les imposer aux autres, à commencer par la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la Révolution, est immédiatement débordé par plus jusqu'au-boutiste et pris en défaut de légitimitéPlus le temps passe, plus s'accentue l'urgence d'une dévolution démocratique du pouvoir. Les élections sont encore loin et ce délai joue pour le chaos.

Or, si une partie des Tunisiens veut forcer le destin et aboutir aux conditions d'une rupture réelle, une autre préfère s'en remettre aux cadres organisés de la transition, et aux outils de la loi et de la justice pour apurer le passé de manière méthodique. Ce qui n'exclut pas des rapports de force, mais inscrits dans un processus gradualiste.

Les violences policières d'aujourd'hui et leur diffusion sur internet ont le mérite de clarifier les lignes et peut-être de resouder l'opinion, et si le gouvernement ne s'en désolidarise pas rapidement il va être soumis à une forte pression de la rue. Cette accélération va aussi clarifier les rapports de force. On devrait savoir rapidement quelle dynamique va l'emporter : celle d'une fracture entre deux aspirations (la rupture ou le retour à l'ordre), ou bien une nouvelle étape dans l'apurement révolutionnaire et le déracinement de l'ancien régime (mais à quel prix ?).

Nul ne sait vraiment ce qu'une nouvelle épreuve de force sans aboutissement politique rapide pourrait avoir comme impact sur le processus de transition. Ni si le gouvernement dispose de la capacité à faire les gestes nécessaires pour répondre aux demandes formulées dans la rue, et à reprendre l'initiative politique pour avancer jusqu'aux élections.

Ces incertitudes, accentuées à dessein par les coups bas des ex-RCDistes pour accentuer le chaos, pourraient aussi servir à justifier une reprise en main, plus ou moins radicale (une intervention de l'armée), qui serait saluée par une partie des Tunisiens que ce climat inquiète ou pénalise, mais plongerait dans le désarroi et la colère les artisans toujours mobilisés de la révolution. Une telle hypothèse signerait l'échec du printemps arabe à enclencher une évolution politique constructive, un signal désastreux pour les autres soulèvements.


L'autre clivage

Pendant ce temps, un autre clivage est en train de polariser le débat politique et la société, c'est la place de la religion en tant que norme sociale et référence politique. C'est autant la progression d'Ennadha qui est en cause, que la pression au quotidien des partisans d'une société islamique sur les citoyens laïques. La suspicion réciproque est déjà vive, elle ne fait que s'accentuer de jour en jour.

La manière dont vont s'articuler ces deux clivages (radicaux/gradualistes et islamistes/laïques) va dessiner la configuration de la scène politique. Des alliances surprenantes pourraient se mettre en place. Il est fort possible qu'Ennadha se positionne du cote légitimiste. 

En tout cas, la belle révolution — l'euphorie, la transition organisée vers des élections démocratiques pour consacrer une insurrection pour la dignité et la liberté — est en train de sortir de cette route ensoleillée pour s'aventurer dans l'inconnu.

 


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Lundi 2 mai 2011 1 02 /05 /Mai /2011 10:49

« J'aimerais demander aux Européens s'ils ont pensé une minute aux migrants africains en Libye avant de commencer les bombardements. »

Tout de colère contenue, un jeune ivoirien me prend à temoin de son inquiétude. Nous sommes dans une tente où une douzaine de ses compatriotes sont venus assister à la discussion. Dehors l'air est battu par un vent incessant. Le sable fouette les visages, irrite les yeux, le nez la gorge, s'insinue dans les tentes, les chaussures, s'incruste dans les cheveux... Une malédiction irrémédiable.

Nous sommes à Ras Jdir, dans le camp de Choucha. La tempête de la nuit a tordu les toiles des abris HCR comme de vulgaire mouchoirs en papier. Le ciel de plomb, le soleil blanc : un décor de tragédie. Depuis que les frappes occidentales s'abattent sur la Libye, les migrants venus de tous les pays damnés de l'Afrique profiter d'une petite part de l'eldorado libyen s'enfuient vers la Tunisie.

Malgré la solidarité des Tunisiens, ces réfugiés se sentent oubliés, abandonnés, condamnés à mourir à petit feu, usés par les vents, desséchés par le manque d'eau, dissous bientôt par la chaleur écrasante de l'été qui approche. Soudanais, Somaliens, Ivoiriens, Ethiopiens... : bloqués depuis des semaines dans cette impasse, sans perspective de départ : indésirables partout, en danger dans leur propre pays. Les Palestiniens pourvus d'un document de voyage égyptien sont refusés en Egypte.

Les jeunes ivoiriens, chaleureux et tristes, offrent un peu d'eau, ne demandent rien d'autre que de porter leur témoignage. Au loin, une silhouette atténuée par le sable en suspension dans l'air m'interpelle : « Dites que nous sommes en train de mourir ! »

On n'est jamais très fier de quitter un endroit pareil pour retrouver son hôtel alors que partout on s'active pour réinstaller les tentes en espérant qu'une nouvelle tempête n'arrache pas tout à nouveau.

 

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Mardi 26 avril 2011 2 26 /04 /Avr /2011 00:45

Trois millions de réfugiés libyens viennent de débarquer sur les côtes italiennes et françaises (pour une population totale de 125 millions d'habitants). Ils fuient la guerre dans le plus total dénuement. 

Spontanément la solidarité s'organise. Les dons de toutes sortes, matelas, couvertures, réchauds, vêtements, nourriture affluent dans les stock de la Croix rouge à tel point que les entrepôts débordent et que l'aide ne peut plus être acheminée auprès des sites d'hébergement. Face à l'engorgement des capacités d'accueil, les familles de Nice, de Menton, de Vintimille, de San Remo proposent de recevoir des réfugiés chez eux.

Des volontaires arrivent de tout le pays pour secourir les familles déplacées.

Cet élan de générosité est d'autant plus remarquable que l'Italie et la France font face à une crise politique majeure depuis la démission de leurs gouvernements respectifs, les assemblées régionales et les municipalités ne disposent plus des allocations budgétaires de l'Etat pour agir et des assemblées territoriales citoyennes se sont organisées pour prendre en charge les affaires courantes. Cette crise politique se double d'une grave crise économique : tous les investisseurs ont cessé de financer la vie économique, une multitude grèves ralentit le fonctionnement des entreprises.

Pendant ce temps, la Tunisie, s'est trouvée confrontée à un afflux de 2200 voyageurs européens prolongeant leur séjour au-delà de la durée légale de leur visa, dans l'espoir de pouvoir profiter plus longtemps des hôtels et du bord de mer. Le gouvernement tunisien a mobilisé d'importants effectifs de police pour enrayer cette catastrophe aux « proportions bibliques » et traquer ces étrangers en situation irrégulière.

La Tunisie demande instamment au Maroc d'autoriser une partie de ces migrants à se rendre sur son territoire. Mais celui-ci refuse et remet en question les accords qui lient ces pays. Une forte tension politique entre les deux pays fragilise le processus d'intégration régionale du Maghreb.

C'est à peine une fiction. C'est évidemment l'inverse qui se produit, j'ai simplement adapté les chiffres aux proportions : la Tunisie est peuplée de 10 millions et accueille 250 000 réfugiés, tandis que la France et l'Italie (125 millions réunies) s'affolent devant 25 000 migrants, des jeunes déterminés et dans la force de l'âge. Pour le reste, tout est vrai.


 

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Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 04:13
24 avril 2011. Manifestation à Tunis de jeunes toujours mobilisés. Beaucoup craignent que la transition ne permette aux cadres et aux structures de l'ancien régime de consolider leur emprise sur l'économie, la justice, la police, les médias.
Ils ne veulent pas attendre l'élection de la constituante pour obtenir les conditions d'une rupture réelle.
Les slogans phares
L'inévitable Dégage
Le martyr est l'aimé de Dieu
Le tube du printemps lancé involontairement par Kadhafi en état d'hallucination Zenga, zenga
Et sur le vers extrait d'un vers détourné de l'hymne tunisien « Si le peuple veut la vie... »
Le peuple veut la fin du régime, repris en chœur dans tous les pays arabes.
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« On ne voyage pas pour se garnir d'exotisme et d'anecdotes comme un sapin de Noël,
mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels. »
Nicolas Bouvier, Le poisson scorpion

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