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Chronique pour un imaginaire post-colonial, des identités ouvertes, des regards sans préjugés.

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La passerelle des mémoires. Réfugiés palestiniens / Israéliens

Avec le début de la deuxième Intifada en septembre 2000, j'ai commencé à me plonger dans le conflit israélo-palestinien. Au bout d'un certain temps, j'ai éprouvé le besoin de m'investir différemment dans cette confrontation.
Pendant quelques mois, j'ai fait la navette entre Israël et le Liban, entre une association israélienne (Zochrot) et le camp de réfugiés d'Ain el Heloueh avec une idée toute simple, venue presque comme une boutade :
1/ aller photographier des réfugiés de 1948 (identifiés par une association locale), tous originaires d'un même village (identifié par l'association Zochrot)
2/ Aller dans le village en question, devenu entre temps un moshav (un village communautaire), disposer des tirages grandeur nature des réfugiés, photographier cette photo dans le village
3/ rapporter aux réfugiés, leur image dans leur village d'origine.

Le processus faisait évidemment une bonne part de l'intérêt du projet. Le recueil des témoignages par l'association palestinienne, les réactions des habitants du moshav face à ces images de vieux Palestiniens venant du même village et vivant à quelque 50 Km de là, la réaction des réfugiés retournés symboliquement dans leur village.

Un travail de passe-frontière, dans tous les sens du terme : aller de part et d'autre d'une frontière conflictuelle, faire surgir des images impossibles, dévoiler le déni du problème des réfugiés et un passé refoulé, traiter d'une questions les plus tabous d'Israël par des moyens symboliques et non-violents, aborder avec des réfugiés palestiniens le travail d'une association de Juifs israéliens sur la question du retour...

L'idée avait paru presque malsaine à Eitan, le responsable de Zochrot. Il a tenté le coup. Le déroulement du projet a dépassé nos espérances.

Le camp d'Ain el Heloueh est l'un des plus durs de tous les camps palestiniens. Toutes les forces politiques du Proche-Orient s'y affrontent, toutes les factions du mouvement national palestinien, par procuration les acteurs libanais, mais aussi deux factions rivales du mouvement jihadiste (l'une pragmatique et l'autre radicale). Une pétaudière, un baril de poudre.
C'est là-dedant que je me suis déplacé pendant une semaine, en évoquant au compte-gouttes le projet d'amener ces photos en Israël, mot en théorie imprononçable dans un tel endroit. Puis plus explicitement après une navette. Mais toujours avec la plus grande prudence.

 Le village s'appelait Ras el Ahmar, il s'appelle aujourd'hui Kerem Ben Zimra, c'est l'un des très rares villages vidés et détruits en 1948 réinvesti exactement au même endroit par une localité israélienne.

Avec une première photo, le premier essai m'a donné l'occasion de vivre un de ces rares moments qui vous font dire «Maintenant, je peux mourir». Inouï. Rapidement le responsable de la sécurité nous avait repérés, en train de rôder avec notre poster de 1,50 mètre. Et là surprise, alors qu'Eitan, lui epxlique ce que nous faisons, il se pique au jeu. Nous emmène près d'une autre maison palestinienne, où la discussion s'engage avec les occupants sur les réfugiés et les droit au retour. Pas de passion, des réponses humaines.


 Nous ne les avons pas ralliés au droit au retour, mais ils ne détachaient pas leur regard de cette image d'un vieux au sourire débonnaire, né ici-même, toujours vivant, pas si loin que ça, toujours désireux de revenir. Une idée incarnée dans un ce grand-père inoffensif. Un passé enfoui resurgi de terre... ils étaient sidérés.

Apothéose quand ils nous demandent à garder l'image et l'accroche dans leur bureau. Evidemment ce n'était pas dépourvu d'ambiguité, cette photo, c'était le cachet d'authenticité supplémentaire de cette maison, pas un titre de propriété. Mais voilà, un Palestinien était de retour à Ras el Ahmar.

De retour à Ain el Helouh, j'ai apporté les photos, accrochées aujourd'hui sur les murs aux côtés des portraits de famille et des images de la Mecque.

Comble de l'émotion : parmi les réfugiés photographiés, l'un était mort entre temps. Nous avions disposé sa photo dans le cimetière, assis à côté d'une tombe, plus vrai que nature, installé là pour l'éternité.

Les photos aujourd'hui sont exposées de temps en temps dans les rues de Tel Aviv par l'équipe de Zochrot.

Pour aller plus loin sur le sens que je donne à cette initiative, j'avais écrit un texte, traduit en hébreu et publié dans une publication de Zochrot : La passerelle des mémoires, images pour une vision post-coloniale.



Voir l'album photo.


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