Chronique pour un imaginaire post-colonial, des identités ouvertes, des regards sans préjugés.
Ceci n'est pas un blog de voyage. J'en vois pourtant défiler des paysages sous les ailes des avions, mes
passeports passent par des mains de toutes les couleurs, j'ai attendu mon tour devant les postes-frontières high-tech de New York ou des tables mal calées au fin fond du Congo, mes sacs se
patinent de la poussière des villages d'Ethiopie, s'esquintent sur les escaliers de Bénarès ou dans les ruelles des camps de réfugiés du Liban...
Retrouver l'énergie première des choses
Ici, il s'agira pourtant d'une autre aventure. Celle qui consiste à se dépouiller de tout ce dont notre apprentissage nous charge pour mieux nous protéger, nous rassurer, pour nous inculquer les
codes qui en imposent... Tout ce qui fait écran, qui met une distance entre nous et l'essentiel, l'énergie première des choses.
Comme le passe-muraille de Marcel Aymé, je franchis les frontières des catégories et des procédures, qui enferment l'esprit sous la lettre, l'humain derrière le rôle social.
L'aventure, c'est d'apprendre à voir le monde à travers le regard des autres, en particulier à travers le regard de ceux que la pensée légitime et installée disqualifie. Perdre ses
repères. Ne pas prendre au mot les identités closes et dressées comme des monolithes, fiers et stupides, le cercle clos des narrations auto-justificatrices où se
confortent les postures victimaires.
Le provincialisme de
l'universel
Enlever les œillères d'une vision occidentalo-centrée, persuadée d'être le dépositaire exclusif de l'universel — « le provincialisme de l'universel », selon la juste expression de Jacques Berque. Barrière derrière laquelle ont été maintenus les
peuples colonisés — « Les races inférieures
» de Jules Ferry.
Je voudrais dissoudre les frontières auxquelles se heurtent les paroles des révoltés, les gestes de colère. Contre lesquelles
meurent aujourd'hui les jeunes Africains assoiffés d'horizon et d'avenir. Frontière de cette tranquille assurance qui permet de les reléguer dans l'oubli.
Frontières de béton et d'idéologie que les Israéliens érigent autour d'eux pour occulter le démenti qu'offre chaque instant de la dépossession des Palestiniens aux mythes sur lesquels se
construit la bonne conscience sioniste. Refoulé qui ne cesse pourtant de les hanter et que rien, ni acte de soumission, ni mesure de sécurité ne parvient à conjurer.
Echange en
humanité
Frontière que des siècles de domination, de mépris ont installée entre dominants et dominés, riches et pauvres, blancs et noirs. Barrière invisible autour de
laquelle se répartissent les rôles, qu'on le veuille ou non. Ces dernières années, j'ai eu le privilège de pouvoir côtoyer les plus humbles, j'ai appris à discerner ce mur de verre que
parfois, l'espace d'un regard, j'ai pu abolir pour mieux que se produise un échange en humanité.
C'est un long voyage jusqu'au plus vrai de soi que de se déshabiller du superflu qui permet la rencontre. Voilà l'objet de cette chronique.