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Chronique pour un imaginaire post-colonial, des identités ouvertes, des regards sans préjugés.

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Pourquoi cette image pour ce blog ?

L’image titre de ce blog vous fait peut-être sourire. Elle a fait franchement ricaner quelques lecteurs d’un blog d’extrême droite qui m’avait fait l’honneur de jeter un de mes articles en pâture à la bêtise et à la haine de ses commentateurs.

Cet homme nu qui franchit, libéré, cette frontière dessinée sur un pont est l’image finale d’un film magnifique de Théos Angelopoulos : Le pas suspendu de la cigogne (1991). Un symbole évident. Dépouillé de tout ce qui entrave son appartenance à la communauté humaine, rendu à sa vérité d’homme, débarrassé du passeport qui l’assigne à un espace limité, il transgresse ce qui n’est finalement qu’un trait dessiné par terre par une main d’homme. C’est à dire qu’une marque superficielle et éphémère. Un passe-frontière donc.

Je dois à la vérité de dire qu’en fait, le vrai plan final du film, après cette image, c’est celle du garde-frontière qui le met en joue au moment où son pas franchit la ligne. Le pas suspendu… La ligne est artificielle, mais la balle qu’on lui destine, elle, est bien réelle.

La clé du film est dans cette réplique : « Si je fais un pas, je suis ailleurs... ou je meurs. »

Qu’importe l’histoire, elle se passe à la frontière de la Grèce et de la Macédoine (la Yougoslavie alors), dans un camp de réfugiés. C’est d’abord une réflexion sur ce qui sépare et ce qui relie les hommes. Frontière qui exclut, frontière qui regroupe… et enferme.

Un propos sur l'intolérance, illustré par les conditions même du tournage. Le pope du village grec voisin, était opposé au film qu'il accusait d'indécence et d'anti-rationalisme. Pendant des jours, il a fait sonné les cloches de son église à toute volée, diffusait à tue-tête de la musique patriotique, compliquant sérieusement le travail du réalisateur et des techniciens. Malgré cette hystérie, le film dégage une poésie apaisée.

Le personnage autour duquel tourne le scénario est un absent. Un ancien homme politique qui s'est retiré au-delà des apparences de l'existence sociale, dans un monde intérieur, et dont il ne reste qu'un adieu énigmatique : « II faut faire silence pour entendre la musique derrière le bruit de la pluie qui tombe ». 

Pour toutes ces raisons, c'est un de mes films cultes. Presque un manifeste.

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