Il y a quelques semaines, une publicité pour un opérateur de téléphone portable avait fait scandale. Des militaires israéliens jouaient au foot avec des Palestiniens invisibles de l'autre côté du mur. Toute l'indécence du rapport de la société israélienne (je veux dire celle qui se reconnaît dans le consensus majoritaire) à la souffrance des Palestiniens étaient résumée dans ce spot. Militarisée, oppressive et indifférente... Comme l'avait écrit Avraham Burg, « la révolution sioniste est morte ». Bref.
Des Palestiniens ont pris le spot au mot et, lors de la manifestation hebdomadaire de Bili'in, ils ont lancé leur ballon de l'autre côté du dispositif de séparation. Le résultat n'est pas le même qu'à la télé. Etonnant non ?
Le Mur de séparation montre là toutes ces fonctions. Il enferme autant les Israéliens que les Palestiniens. Pas de la même manière évidemment. Il enferme les Israéliens dans la perception qu'ils ont d'eux-mêmes et de l'Autre. Il occulte l'Autre, son vécu, son histoire, son ressenti. Il permet de perpétuer le déni, de consolider les mythes. Le Mur intégré dans la banalité israélienne, parce que mentalement, il existait déjà.
Le Mur est la concrétisation de l'impossibilité pour la société israélienne de se confronter à la réalité qui l'entoure et de son choix collectif de n'entretenir avec lui qu'une relation de force. La fameuse muraille de fer de Jabotinsky. La métaphore utilisée par ce théoricien de l'ultra-droite pour exprimer l'emploi implacable de la force militaire, a pris corps. (A lire : Les emmurés, de Sylvain Cypel).
Le Mur opprime évidemment celui qui le subit. Mais cela est amplement documenté.
Quant à ses fonctions de protection, on voit bien qu'elles n'apportent aucune solution politique au conflit.