La longue fortune de ce texte est révélatrice de notre époque et de l'état de notre société, de ses peurs et de ses carences.
On ne le retrouve pas que sur des sites d'extrême-droite, mais aussi sur des sites communautaires juifs et pro-israéliens, sur des sites de défense de la laïcité et de la démocratie, etc. Sans même qu'on réalise qu'il relève pourtant de cette littérature de la peur (et indirectement de la haine) qui précisément mine les valeurs démocratiques en les remplaçant par l'instinct de horde.
Islamophobie
L'islamophobie qui se veut de bon aloi, prospère sur cette peur. Même sans utiliser comme argument un faux aussi grossier, elle se coule dans les réductions intellectuelles qui lui permettent de faire mouche : l'islam menace la république, un musulman républicain abdique ou cache sa foi, il « nous » ressemble, sans quoi il penche forcément vers « les intégristes », etc.
Le nombre de couvertures de magazine, apparemment les plus respectables, jouant sur ces peurs pour vendre leur marchandise (L'Express et Le Point étant les champions dans la catégorie avec leur photo de filles voilées, de musulmans massés en prière, leurs titres sur la menace qui pèse sur la République...).
Quelles leçons a-t-on tiré du passé ? Comment la plus élémentaire honnêteté intellectuelle capitule-t-elle devant l'amalgame entre l'individu et le groupe ? Comment peut-on aussi facilement percevoir des « communautés » qui n'existent que comme des agrégats d'individus constitués par des catégories intellectuelles ? Comment peut-on oublier la simple rigueur historique qui consiste à considérer la durée en commençant par le début, et non à prendre un fait ponctuel et actuel pour une caractéristique inchangée au cours des siècles et sur tous les continents ?
L'obsession française pour le voile islamique (aujourd'hui la burqa) est le signe de ce besoin d'avoir peur. Mais j'y reviendrai.
Quant à ce fameux Mohamed Sabaoui, il n'a probablement pas fini d'effrayer dans les chaumières.