Le parallèle avec le Protocole des Sages de Sion vient immédiatement à l'esprit. Même idée : les Juifs s'infiltrent partout pour dominer le monde. On sait qu'il s'agit d'un faux élaboré par des agents de la police tsariste. Qu'importe, il a dévasté les esprits en Europe pendant l'entre-deux-guerres avec les conséquences que l'on connaît. Il continue ses ravages dans le monde arabe.
Le procédé est inusable et transposable à l'envi. Les prétendues transcriptions des messages radios émanant d'officiers tutsi se réjouissant de la mort d'Habyarimana le 6 avril 1994, et dont la propagation par la Radio des Milles Collines a été l'un des détonateurs du génocide (et qui servait de fondement aux poursuites engagées par le juge Bruguière contre les dirigeants du FPR), étaient du même registre.
Pour manipuler l'opinion on la conforte dans sa peur de l'Autre auquel on attribue les crimes et les desseins que lui prêtent les fantasmes de l'inconscient collectif.
Les accusations récentes contre Obama, l'accusant de vouloir instaurer des « Tribunaux de la mort », de ficher les opposants... idem.
En fait, les exemples abondent. Dans les conflits des plus politiques ou plus intimes
Sur quels ressorts fonctionnent ce procédé ?
Quels ressorts jouent dans l'adhésion à l'information ? Mais plus intriguant encore, comment des gens peuvent créer des mensonges auxquels ils croient ?
Se faire peur rassure
Sur le fait qu'il semble paradoxalement plus confortable de croire en ses peurs que de regarder la réalité telle qu'elle est. Que protège-t-on en ayant peur ? Sa horde ? L'image de soi ? Remettre ses croyances en question atteint l'identité. Se croire menacé conforte l'égo. Elle évite le doute.
L'amalgame aide à penser le monde
Sur la propension à réduire l'autre à sa différence, à l'ériger en stéréotype, en représentant de tous les autres partageant avec lui cette différence, à naturaliser ses attitudes individuelles (si un Juif se débrouille bien dans les affaires, tous les Juifs sont doués pour le commerce, si un Noir joue bien du jazz, les Noirs ont rythme dans la peau, si un Italien vous arnaque, tous les Italiens sont des voleurs... etc).
Le stéréotype renforce
En mettant en scène quelqu'un apparemment au-dessus de tout soupçon (un musulman de la Catho de Lille, naturalisé français...), on dresse un mur infranchissable, on discrédite par avance toute attitude d'ouverture, d'un côté comme de l'autre (naïve d'un côté, sournoise de l'autre). Le stéréotype referme les frontières du «Nous ».
Pourquoi ce besoin de voir la malice dans l'autre. Quels vieux instincts régissent donc nos attitudes ? Pourquoi, alors que notre condition a tant changé depuis l'époque où l'homme vivait en horde dans une nature hostile, les mécanismes fondamentaux de l'intelligence n'ont-ils pas évolué ?
En tout cas, tout cela donne une prise extraordinaire à la manipulation. Et aucune époque, aucune société ne peut se dire exempte.