Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Chronique pour un imaginaire post-colonial, des identités ouvertes, des regards sans préjugés.

Publicité

Alibi laïc

Décidément, la laïcité est aux xénophobes ce que la partie de belote est aux malfrats, un alibi toujours prêt à servir. Dernier en date, la présence de Riposte laïque dans la provocation de l'apéro Pinard et saucisson un vendredi à la Goutte d'Or, aux côté d'un groupe d'extrême droite patenté (le Bloc identitaire). Pure provocation dans un quartier mélangé où les problèmes sont d'abord sociaux, comme l'a rappelé une lettre très juste émanant d'habitants du quartier.

J'ai lu sur Agoravox un plaidoyer pour Riposte laïque assez dérangeant, parce qu'il accuse en substance les consciences de "gauche" d'être les complices d'un fascisme vert auquel ce mouvement issu de l'extrême-gauche entend riposter. Dérangeant parce que la contradiction semble glisser sur le propos sans faille. Apparemment.

En fait, c'est une rhétorique perverse typique des extrêmes : un mode de pensée binaire qui enferme l'esprit dans une alternative simple, ami ou ennemi, pour justifier une position radicale. Le piège est d'argumenter dans le cadre du problème tel qu'il est défini. C'est le point fort de cette méthode, capter la définition du problème pour créer un front, coincer l'interlocuteur pour le soumettre ou le disqualifier. Technique éprouvée des semeurs de zizanie.

En résumé, le problème pour RL, c'est l'emprise croissante de l'islamisme sur la société française. Mal absolu auquel il faut s'opposer. Déserter ce combat, c'est donc se faire complice.

Sauf que bien sûr sa perception du problème est une caricature qui révèle surtout une obsession. La réponse est en deux temps. D'abord revenir aux réalités vécues à la Goutte d'Or dont les organisateurs de l'apéro ont voulu faire le champ de leur bataille. Loin de la caricature simpliste qui leur sert de prétexte. Prétendre reconquérir un terrain qui n'est pas perdu, c'est le meilleur moyen pour enclencher une escalade la tension.

Au-delà du quartier, qu'est-ce qui fait régir cette bande d'amis douteux des valeurs de la République ? 

La visibilité de l'islam

D'abord, c'est la visibilité croissante de l'islam en France (et en Europe). Eh bien, il va falloir être courageux mes amis, mais à moins de retrouver Mladic et de faire sortir Karadsic de sa prison de La Haye pour refaire Srebrenica chez nous, les musulmans sont désormais une composante des sociétés européennes et ils disposent comme tous citoyens de la liberté de conscience et de la liberté de culte. C'est un principe commun autour de laquelle l'Europe se construit. On ne peut en exclure une catégorie de citoyens sans se trahir et sans dévoiler par là ses penchants xénophobes.

Quand Marine Le Pen s'indigne de ces musulmans qui prient dans les rues, j'en déduit au choix qu'elle est favorable à la construction de mosquée, ou bien qu'elle est contre la liberté de culte.

L'évolution conservatrice de l'orthodoxie musulmane

Deuxième problème, il faut reconnaître que la doctrine islamique se crispe depuis quelques décennies sur des repères de plus en plus rétrogrades et que cela se constate dans les pays musulmans comme dans les pays occidentaux où vivent des minorités musulmanes. C'est un phénomène qu'on peut juger regrettable, voire inquiétant parce qu'il contredit les valeurs du libéralisme politique.

Pour autant, il faut relever quelques points importants :

- d'abord, l'immense majorité des musulmans s'est composé, loin de ces doctrinaires, une pratique et une théologie du quotidien qui s'accommode parfaitement de la société dans laquelle ils vivent. Inutile, en stigmatisant l'islam, de les pousser dans les bras des purs et durs qui ne demandent qu'à convaincre les masses que l'islam ne peut que s'opposer à un Occident qui le rejette.

- Ensuite les évolutions radicales ne concernent donc qu'une minorité, logiquement la plus visible puisqu'elle se manifeste. Elle entend obtenir des concessions et des dérogations à la règle générale pour pouvoir respecter ce qu'elle considère comme ses obligations religieuses y compris dans des espaces publics : cantines scolaires, hôpitaux, piscines... Plutôt que d'édicter à rebours des règles prétendues générales et en fait ciblées, ce qui est vraiment prendre le problème à l'envers, c'est de rappeler les règles existantes, et effectivement qui s'appliquent à tous, qui doivent rester le principe, et de voir éventuellement dans certains, dans quelle mesure la règle est compatible avec l'égalité du service public. Il y aura sans doute à tirer les enseignements du large débat qui a permis de dégager au Canada les accommodements raisonnables.

- Enfin, le phénomène est transnational. On ne le stoppera pas par des petites réactions locales, (ou par des lois nationales). Inutile d'ouvrir une guerre de tranchée. D'autant qu'il a des causes multiples. Je ne vais pas développer ici, mais l'une d'elle, c'est l'interaction avec la crispation occidentale symétrique.

Si de plus en plus de musulmans portent des tenues islamiques, c'est leur choix. Quoi qu'on pense des raisons qui les poussent à la faire. La liberté inclut, celle de se tromper. Seule l'évolution de la doctrine de l'islam pourra faire évoluer cette tendance.

Les petits défenseurs de la laïcité ne font que retarder cette décrispation.

Ceux qui dressent sans cesse devant les consciences trop libérales le spectre de Munich devraient remonter un plus loin dans l'Histoire. Avant Munich, il y a eu Versailles et un Traité humiliant et dévastateur pour l'Allemagne, une arrogance de vainqueur. La progression du nazisme leur doit bien plus qu'à la démission de Munich.

L'islamisation de l'extrémisme politique

Et oui. On parle sans cesse de politisation de l'islam, comme si l'islam menait par essence à la confusion du religieux et du politique, alors qu'en fait ce sont plutôt des positions politiques qui trouvent dans l'islam un vocabulaire, une force symbolique d'absolutisation de son point de vue qui est le point commun de toute entreprise politique. C'est une position politique qui s'est islamisée, sans pour autant engager tout l'islam et tous les musulmans. Bref, on pourrait écrire un paquet de livres sur le sujet. Laissons cela.

Reste en effet la passerelle entre conscience politique radicale et conscience religieuse et l'apparition de toute un éventail de positions politiques qui se réfère sur l'islam.

En soi, cette combinaison n' a rien d'inédit. Le christianisme social, la démocratie chrétienne ont pu donner naissance à une pensée politique qui mêle progressisme et conservatisme, mais qui, en tout cas, n'a jamais prôné la violence où la destruction des institutions;

Là où il y a problèmes, c'est l'existence d'une mouvance qui prône et emploie la violence, qui est engagée dans une guerre à fronts multiples. Régler cette question est une entreprise politique complexe et de longue haleine, là encore, je  vais pas développer. Mais je doute que le combat se mène à coup de saucisson à la Goutte d'Or.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article