Jean-François Copé, lancé dans son offensive contre la « burqa » — il y aurait déjà quelques litres d'encre à faire couler sur le choix du terme — a avancé un argument pour le moins surprenant : « ce n'est pas une prescription islamique ! ».
Certes, le Prophète n'en a certainement pas demandé autant à son époque, mais en matière de prescription religieuse, rien, dans aucune religion, n'est fixé une fois pour toute. Les obligations évoluent au gré des époques, des contextes, des interprétations juridiques... Bref. La question n'est pas là et je ne vais pas me lancer dans des considérations de doctrine, ni même dans la défense d'une tenue couvrant intégralement le corps et le visage d'une femme. Cela ne me semble pas nécessaire au respect de sa dignité, ni à l'expression d'une spiritualité qui s'accommode mal de l'exhibitionnisme. Mais mon avis sur le sujet, en fait, importe peu.
Non, le plus remarquable, c'est qu'un parlementaire, a priori non-musulman, émette un avis sur ce qui est ou n'est pas une prescription islamique ! En terme précis, qu'il rende donc une fatwa, c'est à dire un avis juridique. Les parlementaires français ont-ils vocation à émettre des fatwas ?
Décidément le rapport de la République à l'islam agit comme un révélateur : sous la laïcité - c'est à dire la neutralité de l'Etat à l'égard des religions et le respect des options religieuses - la peur obsessionnelle de l'islam resurgit vite.
S'il s'agit de protéger la liberté personnelle, alors donnons la possibilité aux personnes contraintes d'adopter une pratique contre leur gré, de recourir à la force de la Loi pour s'y soustraire.
Pour cela le législateur n'a nul besoin d'élaborer une loi spécifique et stigmatisante, et encore moins de recourir à un argument de doctrine religieuse. Laissons cela aux autorités compétentes. C'est aux musulmans de décider de ce qui est ou n'est pas islamique. L'islam et les mulsulmans auraient beaucoup a gagner à de tels débats pour échapper à la surenchère des conservateurs et des anti-occidentaux. Malheureusement, la balourdise de nos défenseurs de la République ne contribue guère ouvrir l'espace nécessaire à cette discussion.
Messieurs, et Mesdames, encore un effort pour être républicains !