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Chronique pour un imaginaire post-colonial, des identités ouvertes, des regards sans préjugés.

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Besoin de « nous »

L'engouement pour l'idée même d'identité nationale doit beaucoup au besoin de « Nous ». Cette entité qui permet de se définir par la vertu d'une appartenance collective sans rien avoir à accomplir par soi-même, permet de dresser des barricades pour se prémunir contre les réalités dérangeantes, illico rejetées en dehors du cercle comme des tentatives de démoralisation, comme on dit en temps de guerre.
Mais définir le « NOUS », c'est, dans le même mouvement, définir le « EUX ». Si eux étaient les gens hors des frontières territoriales de la France, le débat serait rapide. La France n'est pas en guerre, elle n'a pas (plus) besoin d'un ennemi extérieur pour se définir.
 
Ce besoin de « Nous » contient mécaniquement le besoin de retracer la frontière avec « Eux ». Mais de qui s'agit-il ? Le grand déballage auquel nous assistons est assez clair : eux ce sont les » musulmans » qui parlent verlan et portent leur casquette de travers, ceux qui « déferlent » sur la Canebiére, les femmes porteuses de « burqa », ceux qui « dénigrent » la France...
 
Pourquoi ce besoin de « Nous » ? C'est le signe évident d'une crise, d'un manque de confiance en soi, fragilisée par toute une série de « menaces » : l'immigration, la visibilité de l'islam, les revendications « communautaristes », le resurgissement des pages sombres du passé, les fractures sociales et territoriales, les conséquences culturelles de l'unification du monde et les conséquences sociales de la mondialisation...
 
C'est le résultat de quinze ou vingt ans de déficit du discours public pour expliquer que : la France est par besoin, par tradition et par vocation un pays d'immigration, le pluralisme culturel et religieux est une donnée incontournable de l'évolution dans laquelle nous sommes engagés, la ghettoïsation est la conséquence des politiques publiques à laquelle l'axiome de l'intégration républicaine ne peut pas répondre par la vertu d'une égalité des chances qui n'existe plus, la colonisation a été une entreprise de domination contraire aux principes que la France prétend incarner (quels que soient les apports qu'elle ait pu laisser derrière elle), etc.
 
Plutôt que d'énoncer tout cela. il est plus commode de glorifier le terroir façon Jean-PIerre Pernault et de stigmatiser la racaille et ceux qui voilent leurs femmes. (Il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont les femmes, à leur corps défendant, sont utiilisées comme champ de bataille pour les affirmations identitaires. Une autre fois).
La fonction de moins en moins implicite de l'entreprise sarkozyste menée sous la bannière républicaine est d'exclure pour mieux réaffirmer. Or, il me semble qu'il serait plus fructueux de rappeler que 
- ce que l'on veut placer en dehors du cercle du « Nous » sont des Français, nés en France, et qu'à ce titre, ce qu'ils sont aujourd'hui est le produit de la société française. Qu'on l'aime on non.
- les étrangers installés en France sont venus pour permettre à l'économie française de réussir son essor d'après-guerre et aux Français de bénéficier des bienfaits de la croissance
- que les liens entre leur pays d'origine et la France ont été tissés dans le cadre d'une colonisation imposée par la France, et que la mémoire familiale de l'injustice coloniale constitue une partie de l'Histoire de France.
Bref, en un mot, les gens que l'on stigmatise font partie intégrante du Nous national. Ils sont le produit du fonctionnement de notre société et partagent une Histoire commune.
 
Ce « Nous » là apaiserait les esprits au lieu de les échauffer. Mais faute d'avoir regardé en face son passé et ses réalités culturelles et sociales, le refoulement du passé colonial continue de produire des convulsions et de biaiser la prétention universaliste de la France qui supporte de moins en moins de se voir confrontée à ses contradictions.
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