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Chronique pour un imaginaire post-colonial, des identités ouvertes, des regards sans préjugés.

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Obama et l'identité nationale

Alors que certains veulent nous refaire le coup de l'identité nationale et jouent avec le feu, je suis retourné voir du côté d'Obama, et surtout vers le fameux discours de Philadelphie qu'il avait prononcé pendant sa campagne, à propos de la question raciale, le 18 mars 2008, pour éteindre la polémique sur les propos du révérend Wright, son ancien pasteur.

On répète souvent que les Etats Unis ne sont pas la France, communautarisme contre intégration républicaine... Je doute que ce soit si simple, en tout cas, je ne peux m'empêcher de trouver de fabuleuses résonances à la société française dans ce qu'écrit Obama sur l'articulation entre la question sociale et la conscience raciale.
 
Extraits :
« Pour les hommes et les femmes de la génération du Pasteur Wright, la mémoire de l'humiliation, du doute et de la peur n'a pas disparu, pas plus que la colère et l'amertume de ces années là (...) Cette colère n'est pas toujours efficace. De fait elle nous détourne des vrais problèmes et nous empêche d'affronter honnêtement notre part de responsabilité (...) Mais la colère est réelle : elle est puissante ; et souhaiter qu'elle disparaisse purement et simplement, la condamner sans en comprendre les racines ne sert qu'à creuser le fossé d'incompréhension entre les races. »
 
Ça a une autre gueule que "La France on l'aime ou on la quitte". Les enfants d'immigrants, a fortiori issus des anciennes colonies, relégués dans les zones urbaines déclassées ont une mémoire et une colère semblables, dans ses racines, et ses excès.
 
On rêve d'entendre un discours de cette classe en France. Mais quoi d'autre que l'accusation de racisme inversé, ou le déni de mémoire.
 
Mais là où Obama est vraiment fort, c'est sa capacité à comprendre la position inverse. 
 
« En fait, une colère comparable se manifeste dans certaines couches de la communauté blanche. La plupart des Américains de la classe ouvrière ou de la classe moyenne blanche n'ont pas spécialement l'impression d'avoir été favorisés par leur appartenance raciale. (...) ils ont travaillé dur toute leur vie, souvent pour voir leur emploi délocalisé et leur retraite dévaluée après une vie de labeur. (...) Dans une période de salaires plafonnés et de concurrence mondiale, les chances de s'en sortir sont perçues comme un jeu à somme nulle (...)
Qualifier la rancœur des Blancs de malintentionnée, voire de raciste, sans reconnaître qu'elle peut avoir des causes légitimes, cela revient à élargir la division raciale (...) »
 
Là encore, ça résonne. La gauche française n'en revient toujours pas d'avoir perdu le soutien inconditionnel des milieux populaires, parce qu'elle s'imagine que la mémoire des luttes sociales suffit à lui attacher pour toujours les défavorisés. Du coup, elle n'a toujours pas trouvé le discours de rechange, celui qui immunise contre cette peur du déclassement social, où l'adversaire n'est pas le patronat, les milieux favorisés, les concepts abstraits des dérives du capitalisme, mais le pauvre qui paraît indûment protégé.
 
Continuons. « C'est la colère contre la politique d'assistance de l'Etat Providence et la politique de discrimination positive qui ont donné naissance à la coalition Reagan. Les hommes politiques ont très souvent exploité le thème de l'insécurité à des fins électorales. Les animateurs de talk-shows et les commentateurs conservateurs se sont bâtis des carrière en démasquant des accusations mensongères de racisme tout en assimilant de légitimes débats sur l'injustice et les inégalités raciales à du racisme à l'envers. »
 
Frappant, non, à quel point, à quelques détails près, on peut transposer ce passage à la France ?
 
Or, à ces questions sensibles, en France la droite sarkozyste et la gauche républicaine et laïcarde répondent à peu près de la même manière : identité nationale, laïcité - intégration, qui sous les apparences d'un discours inclusif, définissent l'une et l'autre en fait les termes de l'exclusion.
 
Obama, lui, revient à la question sociale, ce en quoi, il est un véritable homme politique de gauche :
« De même que la colère noire s'est souvent révélée contre-productive, de même la rancœur des Blancs a détourné l'attention des véritables responsables de l'étranglement de la classe moyenne : une certaine culture d'entreprise faite de délits d'initiés, de pratiques comptables douteuses et de course à l'argent facile (...) »
 
La France a vécu en novembre 2005 une épreuve fondatrice, les émeutes en banlieue dont l'interprétation est la clé des malaises de la société française. Or, personne - ou presque - dans la classe politique n'est parvenu à formuler un diagnostic de cette crise, dont la violence a été le symptôme le plus virulent.
 
La France est davantage qu'elle ne le croit, traversée par une question d'ordre «raciale » (la combinaison de la place de l'immigration et de la mémoire coloniale), mais elle se pense encore avec des logiciels usés : intégration républicaine et/ou déterminisme social.
 
Le débat prévu sur l'identité nationale promet d'être insupportable. Et pourtant curieusement c'est une chance à saisir de reformuler les liens (consensuels ou conflictuels) qui nouent  les habitants de la France entre eux.


 De la race en Amérique. Barack Obama, Grasset.
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