Chronique pour un imaginaire post-colonial, des identités ouvertes, des regards sans préjugés.
[…] des jours difficiles s’annoncent et beaucoup de questions restent à résoudre. Mais je fais confiance au peuple égyptien pour trouver des réponses, de manière pacifique et constructive, dans un esprit d’unité.
[…] Durant ces dernières semaines, la roue de l’Histoire a tourné à un rythme aveuglant alors que le peuple égyptien réclamait ses droits universels.
On a vu des mères et des pères porter des enfants sur leurs épaules pour leur montrer ce à quoi la vraie liberté ressemble. On a vu un jeune Egyptien déclarer : « Pour la première fois de ma vie, je compte vraiment. Ma voix est entendue. Même si je ne suis qu’une seule personne, c’est comme ça que la démocratie fonctionne. » On a vu des manifestants clamer « Salmiya, Salmiya ! » « Nous sommes pacifiques ». On a vu une armée ne pas tirer sur un peuple qu’elle a fait serment de protéger. On a vu des médecins et des infirmières se précipiter dans les rues pour soigner les blessés, et des volontaires s’assurer que les manifestants n’étaient pas armés. On a vu des croyants prier ensemble et chanter, musulmans et chrétiens, « Nous sommes unis ».
Même si nous savons que les tensions entre les religions continuent de diviser trop de gens dans ce monde, et qu’il faudra plus qu’un événement isolé pour combler le fossé immédiatement, ces scènes nous rappellent que nous devons nous définir, non par nos différences, mais par l’humanité commune que nous partageons.
Par dessus tout, nous avons vu une nouvelle génération émerger, une génération qui a utilisé sa créativité et son talent, la technologie, pour réclamer un gouvernement qui représente ses espoirs et non ses peurs, qui sache répondre à ses aspirations sans limite.
Un Egyptien a résumé simplement : la plupart des gens ont découvert durant ces derniers jours qu’ils ont une valeur et plus rien ne pourra la leur enlever, jamais. C’est le pouvoir de la dignité humaine et elle ne peut jamais être déniée.
Les Egyptiens nous inspirent, et ils l’ont fait en démentant l’idée que la justice est conquise par la violence, puisqu’en Egypte, c’est par la force morale de la non-violence – pas le terrorisme, pas l’assassinat gratuit – qui a infléchi, une fois encore, le cours de l’Histoire dans le sens de la justice.
Alors que les images et les sons que nous percevions étaient entièrement égyptiens, nous ne pouvions nous empêcher d’entendre les échos de l’Histoire : les Allemands détruisant un mur, les étudiants indonésiens descendant dans les rues, Gandhi guidant son peuple sur le chemin de la justice. Comme Martin Luther King l’a déclaré en célébrant la naissance d’une nouvelle nation au Ghana, alors qu’il tentait d’améliorer la sienne, « Il y a quelque chose dans l’âme qui réclame la justice ».
C’était cela les cris qui montaient de la place Tahrir, et le monde entier en a pris acte. Cette journée appartient au peuple d’Egypte. Et les Américains sont touchés par les scènes du Caire et à travers le pays, en raison de ce que nous sommes comme peuple et du monde dans lequel nous voulons voir grandir nos enfants. Le mot « Tahrir » veut dire « libération ». C’est un mot qui touche quelque chose dans nos âmes qui réclament la justice. Et pour toujours, il nous rappellera les Egyptiens, ce qu’ils ont accompli, ce pour quoi ils se sont levés, comment ils ont changé leur pays, et ce faisant, comment ils ont changé le monde.