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Chronique pour un imaginaire post-colonial, des identités ouvertes, des regards sans préjugés.

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Parler rebeu

Donc, cette semaine c'est Florent Pagny qui s'est fait refiler le mistigri du raciste de service. Parce qu'il demande à son fils de ne pas parler çacomme, de chercher ses modèles chez les bons et de ne pas se croire obligé de parler « rebeu ». pour se donner le genre affranchi dont les ados ont besoin pour affirmer leurs propres règles. la mention « rebeu » a mis en route la machine à buzz. Une chance pour lui, comme il est en pleine promo, il peut se justifier tout de suite et comme il ne veut se mettre personne à dos, il tente de se dédouaner. Un peu empoté quand même. Sur l'air « Raciste ? Moi jamais, j'ai des potes rebeus et des potes feujs » (je me garde à gauche, je me garde à droite, on ne sait jamais), « mais je parle franc, et je dis les choses comme elles sont. Rien d'autre qu'une formule malheureuse... » Encore une jolie petite polémique.

 Florent Pagny se défend d'être raciste. Faisons lui crédit de cela, il y a assez de gens aujourd'hui qui n'hésitent plus à se revendiquer comme tels. Dont acte. En est-il quitte pour autant ? Pas sûr.

Y a-t-il sur-réaction dans cette histoire ? Oui et non.

 Oui. L'humeur est hypersensible depuis quelques temps. Mais ce n'est pas pour imposer une sorte de catéchisme antiraciste, politiquement correct, mais bel et bien parce que le démon xénophobe est libéré et, à la différence de ce qui se passait il y a 20 ou 30 ans, les gens qui font l'objet de préjugés désobligeants, dégradants, ont acquis une capacité de riposte médiatique. Et c'est fort bien.

 Mais est-ce toujours pédagogique de mettre tout le monde dans le même panier ? Pas sûr non plus. Essayons de voir ce que la pédagogie pourrait donner dans un cas comme celui-ci.

 En fait, il y a bien matière à réagir, d’abord parce qu'il y a un amalgame idiot dans la réflexion de Florent Pagny, c'est l'assimilation entre le parler qui s'est forgé dans les quartiers populaires et l’arabe. « Zyva » et autres formules, on a dû lui dire depuis, ce n'est pas de l’arabe. Ça file un petit coup de vieux au père Pagny !

Arabe ou populaire ?

 Mais que son fils ramène à la maison, des termes arabes, où est le problème ? Après tout, les emprunts ont enrichi le langage familier sans avoir dégradé ni la langue, ni ceux qui la parlent. Quand tu vas chez le toubib, que tu sors le klebs et que tu reprends un chouia de frites, (sans parler d'alcôve, d'arsenal, d'algèbre et autres termes venus de l'arabe pour enrichir le français) tu ne t'abaisses pas. Ce n'est pas du Ronsard, mais ça ne mérite pas la correctionnelle non plus.

 Le parler « jeune », c'est la langue d'une culture urbaine. Une langue populaire. Comme il en a toujours existé une. Ça s'appelle un niveau de langue. Et c'est la richesse d'une langue vivante que de voir fleurir toujours des formes nouvelles. Parler cette langue là, en soi, ça n'a rien de grave. Ce qui est socialement plus handicapant, c'est de ne pas être capable d'adapter son niveau de langue à la situation, parce qu'on n'a pas été socialisé dans un environnement suffisamment varié pour acquérir la maitrise de ces subtilités du langage. Quelque chose me dit que le fils de Florent Pagny n'aura pas se problème. Et tant mieux pour lui.

Crispations

 Alors, raciste Florent Pagny ? Disons, au moins un peu paumé comme pas mal de gens en France devant les manifestations de phénomènes nouveaux dans la société française dont certains sont liés à la présence de gens d'origine non-européenne. Troublés à l'idée de voir disparaitre la France telle qu'ils voudraient s'en souvenir. Qui sentent monter en eux des crispations, des rejets dont leur éducation leur murmure qu'ils ne sont pas très sains. Dans le pire des cas, façon Zemmour ou Finkelkraut, on les revendique, on les assume, on les justifie, on surenchérit. Au nom du réalisme. On flatte les instincts régressifs. C'est tellement plus reposant que de remettre en question. Mais ce n'est pas le sujet du jour.

 Dans le moins pire des cas, on euphémise ces réflexions un peu nauséabondes, on les tient à distance derrière des guillemets, on les enrubanne de justifications alambiquées. Mais on n'ose pas les regarder en face. Ça n'a rien à voir avec le fait d'avoir des amis arabes ou juifs, et même noirs !

 Parce qu'il n'y a un rien de dégradant à dire que quelqu'un qui a la peau noire est un noir, à dire qu'un Arabe est un Arabe, un Juif, Juif et un Breton, Breton. De même que le fils d'un Arabe et d'une bretonne juive est Arabe, Breton et Juif. Ce que trahissent ces termes biaisés, c'est la difficulté qu'on a en France à penser cette pluralité. C'est la peur d'être pris pour un raciste, parce qu'au fond on ne maîtrise pas ces propres arrière-pensées. Ces petites voix qui nous disent « Tiens, il est noir, il doit avoir un gros kiki » ou bien « Un Arabe ? Je me demande s'il tape sa femme, en attendant je vais recompter ma monnaie ».

Pour en revenir à ce « Parler rebeu », c'était non seulement, ignorer ce qu'est une langue, mais aussi révélateur de cette difficulté à se débarrasser de toute cette couche épaisse de préjugés et du refus de les regarder en face. Une forme de déni.

 

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