Chronique pour un imaginaire post-colonial, des identités ouvertes, des regards sans préjugés.
Vous avez aimé les polémiques médiatiques de la saison 2009-2010, vous allez adorer les passages à l'acte de l'année prochaine. Car c'est bien connu qu'en matière de violence xénophobe et raciste, les mots précédent les actes. Ou plus précisément, la transgression verbale, en abolissant les limites, légitime par avance les actes.
Cet été, le gouvernement nous a soldé les vieux fantasmes pour mieux nous préparer à céder à nos pulsions racistes pour la prochaine saison. Enfin quand je dis nous, c'est nous société française, dont pour l'instant, je veux encore me sentir partie prenante. A moins qu'un jour... Bref.
L'atmosphère était puante avec la multiplication des saillies national-sécuritaires, des retours de flamme du nationalisme barrèsien, de la parano contre les envahisseurs. La remise des Ya'Bon Awards par les Indivisibles a été l'occasion de découvrir que l'on n'a pas à faire à des dérapages ponctuels, mais bien à une vision cohérente. Régressive.
Atmosphère puante donc. Mais la suite, j'en ai peur sera pire. Jamais la xénophobie ne s'est exprimée avec autant de légitimité. Jamais les ressentiments n'ont été plus virulents. Jamais le fossé n'a été aussi large. Je ne pourrai pas énumérer ici tous les facteurs de crise. Mais les dissonances entre les situations et les représentations sont vertigineuses.
La rhétorique national-sécuritaire n'a rien à envier en terme d'irréalisme au supposé « angélisme » des belles âmes. Entre ces deux vides, des angoisses, des colères, des démissions sourdes, des ruptures silencieuses, des violences gratuites.
Un bon cocktail. Il est difficile de prévoir vraiment sous quelle forme une crise peut se manifester, surtout quand il n'existe aucune formulation politique pour donner du sens, une perspective... Mais quelque chose me dit que ce sera moche. Les émeutes novembre 2005 était difficile à décrypter pour beaucoup. Les violences sans rapport direct avec l'objet du problème. Je ne suis pas certain qu'il y ait eu depuis un travail politique suffisant pour transformer cette énergie, pour réintégrer cette colère dans le champ politique traditionnel, pour représenter (dans les deux sens du terme) la situation.
Ce ne sont pas les nominations d'affichage, la notion creuse de diversité, l'utilisation d'une intégration normative qui nous a fait progresser. On peut espérer une réaction politique, mais c'est un travail citoyen qui est à entreprendre. Décrypter, relier, comprendre, désamorcer les tensions, transformer la colère en revendications...
Tout un programme... à élaborer.