Chronique pour un imaginaire post-colonial, des identités ouvertes, des regards sans préjugés.
Il y a un moment que j'ai envie de régler son compte à une expression devenue à la mode avec le sarkozysme : « issu de la diversité ». Que voilà une idée qu'elle est bonne ! Fadela Amara et Rama Yade étaient des membres du gouvernement « issues de la diversité ». Depuis elle est passée dans le langage courant.
Magnifique, enfin le temps des discriminations est révolu. La France abrite une diversité et tout le monde a accès à toutes les positions. Passons donc à autre chose. Pourtant, il y a quelque chose qui cloche là-dedans. J'y retourne immédiatement.
L'expression est curieuse, parce que l'idée de diversité devrait inclure l'ensemble des caractères divers, religion, origine ethnique, couleur de peau... En ce sens nous sommes tous issus de la diversité. Mais non, puisque certains sortent de la diversité. Qu'y a-t-il en dehors de la diversité ? On voit bien que ce n'est pas logique, et que ce défaut de logique révèle l'existence d'une réalité qu'il faudrait désigner par d'autres mots.
Que sépare donc la frontière qui délimite les deux domaines, celui de la diversité et... et quoi au juste ? La diversité semble plutôt désigner un écart par rapport à une norme. Donc il y a les citoyens normaux et ceux qui sont issus de la diversité. Non seulement, il y a deux domaines, la diversité et la normalité, mais certains peuvent sortir de la diversité comme on sort d'un territoire d'assignation (mais sans cesser d'être « divers » !).
Vous allez me dire que je coupe les cheveux en quatre. En fait, ça veut dire d'origine étrangère. Soit. Mais qui songerait à dire que Nicolas Sarkozy est issu de la diversité ? Absurde. Mais alors que veut-on dire exactement ? Qui désigne-t-on par cette catégorie de « diversité » ? Quelle différence entre l'origine hongroise et l'origine algérienne ou sénégalaise ? La première ne se voit pas. En clair, la diversité ce sont les autres et les autres, ce sont les non-blancs (pardon les basanés, mais vous êtes visibles, même si vous êtes blancs).
La France abrite donc bien deux catégories de population, les blancs et les autres. C'est une réalité implicitement consacrée par une formule quasi-officielle.
Et voilà, par l'expression même qui est censée attester de la volonté politique de délégitimer les discriminations, on révèle l'impensé raciste, ou disons racialiste, de la société française et la frontière qui définit les contours de son racisme systémique. On dévoile qu'être vraiment Français, sans rien à ajouter, c'est être blanc, qu'en dépit d'une volonté apparente de reconnaître la pluralité de la réalité sociologique française, on continue à situer les individus par rapport à un écart à une norme. La notion même de diversité qui devrait désigner un caractère est ressenti comme un territoire, un groupe auxquels les individus qui s'écartent de la norme sont assignés.
Issu de la diversité, autant dire que certains sont plus égaux que d'autres.
Il est temps de travailler sérieusement pour rendre à la diversité sa signification réelle et pour faire comprendre que nous sommes nous tous l'expression de la pluralité de notre société.