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Chronique pour un imaginaire post-colonial, des identités ouvertes, des regards sans préjugés.

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Identité nationale : devoir à la maison

Impossible d'y échapper. Même au Burundi, l'identité nationale française vient m'agacer l'esprit. Un grand débat, mais mon Dieu pour quoi faire ? Est-ce cela le grand problème. Qu'est-ce qu'être Français ? ah bon, il fallait se poser la question ? Et quand nous aurons une définition, que faudra-t-il faire de ceux qui ne rentrent pas dans les critères ? Des stages comme pour récupérer ses points de permis ? 

Le « peuple » s'est emparé du débat, fanfaronne Besson. Le peuple, entité unique, magnifique dont sont exclus ceux que cette manipulation grossière donne envie de gerber (j'en suis). Vous me direz moi aussi je m’empare du débat. Non, ce débat s’empare de moi, ce n’est pas la même chose.

Pour m'immuniser, je lis « A quoi sert l'identité nationale ? » de Gérard Noiriel, qu'un sombre pressentiment m'avait fait glisser dans mon sac avant de partir. Après la sortie de Marine Le Pen sur Mitterrand, le décrochage sur la sécurité, le besoin d'arrimer les nouveaux territoires du sarkozysme à la majorité présidentielle (je veux dire Nihous et de Villiers), je me demandais qu'elle invention allait nous ruiner les nerfs, c'est donc ça.

L'identité nationale donc. Un vrai piège. Faire d'une imposture la seule vérité admise, c'est le comble de la perversité intellectuelle. Il n’y a pas de bon choix. Soit on laisse le champ aux tendances pétaino-barrèsiennes où Sarkozy puise pour se construire un enracinement de Français comme un antiquaire patine un faux buffet Louis XV; (qu'on ne se trompe pas sur ce que j'entends par là, Sarkozy a le droit de se sentir Français sans avoir besoin pour cela d'aller chercher l'imaginaire de la terre dépositaire de l'identité comme il l'a fait devant les agriculteurs); soit on entre dans cette catégorie et nous voilà à jouer un jeu dont l'extrême droite a dicté les règles.

Le PS malheureusement, ne me semble pas assez armé pour déjouer l'imposture et va montrer encore une fois son indécision. Les uns : oui, l'identité nationale, parlons-en. Les autres : beurk ! Mais sans davantage d'argument. Ou bien la rengaine République, laïcité, intégration qui démontre une capacité d'exclusion à peu près égale à l'identité nationale. Pour un contre-discours, il faudra chercher ailleurs (je vous conseille le bouquin de Noiriel).

Etre français. Je vais tenter de me coller à ce devoir à la maison que nous a collé M. Besson. C'est quoi ?

Une origine ? Non.

Une couleur de peau ? Non.

Une religion ? Les racines chrétiennes de l'Europe ? Dans l'un des pays les plus païens du continent, anti-clérical, majoritairement allergique à la bondieuserie, ça fait rire. Moins de 10 % de pratique religieuse chrétienne, 4 millions de musulmans, un peu moins d'un million de juifs, des bobos qui lorgnent vers le bouddhisme, des athées qui claironnant leur incroyance, bref. Une religion, une racine religieuse, de moins en moins.

Jusque là c'est facile.

Un mode de vie ? Baguette, calendos et kil de rouge. A moins de vouloir croire aux stéréotypes, non. Mais en évitant la caricature, réfléchissons. On voit bien que sociologiquement, on trouve toute une gamme de modes de vie, M6 en a même fait une émisison en s'amusant à mélanger les familles, en délocalisant une prout-ma-chère du XVIe chez une poissonnière de la Canebière et inversement.

Sans compter que La Martinique, c'est la France ! Et la Réunion ! Et Mayotte ! Et alors ? Alors, soit ce n'est pas vraiment la France, et l'identité nationale, ça ne les concerne pas, mais qu'on enlève notre drapeau de là. Soit c'est la France, et l'identité nationale, d'un coup, ça commence à devenir vraiment fumeux.

Une culture. Bon, soit, nous avons un bagage culturel à peu près commun que l'école nous a transmis vaille que vaille. Hugo, Rabelais, Descartes, Sartre, Goscinny (c'est pas pour rire ; j'allais dire Tintin, mais il est Belge). Mais ceux qui n'ont rien lu de tout ça, ceux dont la culture est Made in TF1, qui croient que Jeanne d'Arc, est un fléau du Moyen Age, parce qu'elle a épousé Napoléon (le vrai) - texto : au certificat d'étude, dans mon collège - sont-ils moins français ?

Et surtout, quand on se construit avec d'autres références, que l'on se réfère à des identités multiples qu'on active en fonction de son environnement, quand on relativise la centralité de ses références hexagonales, bref, qu'on vit avec son temps, avec son monde, devient-on moins Français ?

Quand on a grandi en écoutant Oum Kalthoum dans un appartement de Bobigny, qu'on a appris La légende des siècles à l'école, qu'on prend ses racines spirituelles dans la mystique soufie, qu'on reste totalement hermétique au charme du cassoulet, qu'on a le palais plus affiné pour la cannelle et le sumak que pour le Puligny-Montrachet, et qu'on prend ses vacances à la Pointe du Ratz en lisant Simone de Beauvoir et Hampaté Bâ, n'est-on qu'à moitié Français ?

Voyez Monsieur Besson, je cherche, mais plus j'avance, plus ça m'échappe votre histoire de qu'est-ce qu'être Français ?

Une Histoire, suis-je bête. La Révolution française, la Résistance (mânes de Guy Môquet, vacillez dans la lueur de nos bougies commémoratives !), Jeanne d'Arc, les Rois capétiens... ça  y est, j’ai trouvé : une Histoire bien sûr. La grande épopée napolénienne et son million de morts à travers l'Europe, les grands massacres de la Saint-Barthélémy, la grande tuerie des tranchées, l'extermination coloniale, la gégène et les cadavres qu'on ramasse dans la Seine le 17 octobre 1961, abattus par des flics dont les plus anciens avaient peut-être envoyé les Juifs parisiens faire un tour au Vél' d'Hiv 19 ans plus tôt... C’est Français aussi ?

Faut-il être Français comme Jean Moulin, ou comme Pierre Laval ? Facile. Plus dur : faut-il être Français comme les Communards morts sur les barricades, ou comme M. Thiers qui a décrété l'éradication de cette canaille révolutionnaire, avant d'être le fondateur de la Troisième République ? Faut-il être Français comme Besson au Parti socialiste, ou Besson Ministre de l'Identité nationale ? Bon là, c'est sournois. Faut-il être Français comme un ado coincé dans sa banlieue, qui fulmine contre les flics et une société de consommation dont il ne tire que la frustration, ou Français comme un chanteur (au hasard) dont l'argent dort en Suisse, à l'abri du remboursement du trou de la Sécu ? Ça c’est de l’Histoire immédiate.

Pas simple non plus, l'Histoire finalement. Si l'on fait un usage mémoriel des événements du passé en choisissant ceux qui nous flattent, on peut se payer l'illusion de n'être le produit que de ce meilleur, de croire qu'en chaque instant, en chaque action, il n'y a que l'essence du bon, ou l'essence du mauvais. Résistance, bon ! Collaboration, mauvais ! C'est facile. Mais on voit bien que c'est une illusion.

Le colonialisme était dans l'universalisme républicain (j'en reparlerai) aussi sûrement que la Terreur était dans la Révolution. Si nous sommes le produit d'une Histoire, alors il faut tout assumer, sinon on se ment. Une identité qui repose sur un mensonge, ça ne mène pas loin. Il faut admettre que le passé construit en nous quelque chose d'ambivalent. Que l'Histoire ne peut nous aider que si nous en faisons une lecture distante et critique. Si l'on met l'Histoire à distance, comment en faire le fondement d'une identité.

D'autant que, il faudra s'y faire, notre mémoire familiale ne nous transmet pas la même Histoire et un bon paquets de Français ont une mémoire de la colonisation vécue de l'autre côté de la baïonnette et de la chicotte. Faudra-t-il qu’ils renient leur mémoire familiale ? Qu’ils refoulent la légitime colère à l’égard de l’injustice dont leurs aïeuls ont souffert ? Surtout quand les schémas qui l’ont rendu possible surgissent à chaque contrôle au faciès, ou dans les plaisanteries grasses d’un Ministre en goguette. A moins de vouloir nous refaire le coup de « Nos ancêtres les Gaulois », il faudra bien aussi assumer cette pluralité. L'Histoire, donc, ça ne marche pas trop non plus.

Reste les valeurs. Soit. Je ne vais pas faire dans le détail. Ai-je les mêmes valeurs qu'un type qui a torturé en Algérie et qui 40 ans après est capable de dire, sans l'ombre d'un tourment, qu'il le ferait encore ? Non. Ai-je les mêmes valeurs que ceux qui considéré que leurs idéaux les plaçaient aux côtés des combattants de l'indépendance algérienne (je sais, ça commence à dater tout ça, mais c'est que la guerre d'Algérie a été l'un des grands révélateurs des ambivalences françaises) ? Sans doute. Et pourtant ceux-ci ont trahi leur allégeance nationale (et se sont peut-être fourvoyés dans d'autres illusions). Mais si ce sont les valeurs qui font l'identité, on peut sauver son identité en trahissant sa patrie. Si la patrie est une valeur en soi, alors... Pauvres de nous.

Bref, l'extrême droite qui s'est érigée en  gardienne d'une identité pour figer la France dans une idée dépassée et surtout pour exclure, abrite des gens avec lesquels je partage moins de valeurs qu'avec un vieux sage hindou ou un paysan burundais. Comment pourrait-on supporter de devoir se justifier à leurs yeux d'être aussi Français qu'eux ?

Les valeurs auxquelles on peut légitimement s’identifier, qu'ont-elles de nationales ? Tolérance, humanisme, respect d'autrui : faut-il être Français pour ça ?

Que reste-t-il pour définir un Français ? De nationalité française, un passeport. Le reste, ce ne sont que des circonstances qu’on façonne à sa guise, et au gré des hasards d’une histoire familiale et personnelle. Il existe peut-être un éternel français collectif, mais en aucun cas il ne peut définir chacun des individus qui compose ce collectif.

Voyez, Monsieur Besson, il est tard et je n’ai pas ménagé ma peine. Mais je crois que j’ai pas bon à votre interro. Je ne sais pas ce que c’est qu’être Français. Je le suis, je ne me suis jamais posé la question de savoir comment et pourquoi, et pourtant je sais que c’est vrai. Je le suis à ma manière. Elle peut ne pas être la vôtre, et pourtant vous êtes Français aussi. Il y a certainement un tas de petites choses qui m'identifient comme Français auxquelles un vendeur du Souk d'Istanbul me reconnaîtra au premier coup d'oeil, encore qu'un sur deux me croit Allemand. Est-ce cela qui nous fait Français, qui vaut tout ce grand débat national ? A quel stéréotype faut-il ressembler pour avoir le droit de se sentir Français, c'est cela la solution ? 

D’autres, Français plus récents (et encore, ils sont Français depuis leur naissance comme vous et moi), se demandent au fond, si c’est bien vrai, s’ils sont assez Français aux yeux de toutes les définitions que votre débat ne va pas manquer de faire surgir. Vous avez ouvert, et Nicolas Sarkozy avant vous, la boîte d’un bien vilain Pandore qui, pour le coup nous semble venir des aspects les moins reluisants de notre Histoire.

Il n’y a qu’une dimension que je n’ai pas évoquée, c’est l’avenir. A-t-on un avenir commun ? Sans doute, si l’on n'utilise pas des catégories illusoires pour exclure ceux dont le vue nous gêne, en prétendant rassembler. Le plus écœurant, c’est qu’au fond, c’est vous et votre identité nationale qui semez les graines de la division. A la réflexion, être Français, je crois que c’est avoir le droit de vous dire « Merde » comme Cambronne.

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U
<br /> M. Brésillon. Vous faites peut-être ce qu'on vous demande de faire. Peut-être ne croyez-vous pas vous même en vos déclarations. Mais je me permet tout de même d'intervenir. J'ai 23 ans. J'ai été<br /> élevé dans une famille socialiste chrétienne non pratiquante de classe moyenne. Je vous laisse imaginer l'éducation que j'ai pu recevoir je suis sur que vous en êtes capable. Je suis allé à l'école<br /> de la république. J'ai cru dur comme fer en ses principes. Mais en si peu de temps selon vous, comment ais-je pu dévier de mes principes ?<br /> Il m'a simplement fallu l'opportunité d'ouvrir les yeux. Je fais parti de ceux qui aiment les paysages de France. J'aime le peuple de France. J'aime son Histoire. C'est quelque chose qui s'attrape<br /> peut-être comme une maladie me direz-vous. C'est peut-être le cas. Il m'aura fallu une brume matinale de province, un air humide mais pur. Cet air pur a parcouru les collines verdoyantes, les bois.<br /> Cet air pur a été respiré par mes ancêtres. Je refuse par quelque doctrine que ce soit, au nom de quelque idéologie que ce soit, que cet air pur soit partagé avec d'autres que mon peuple. Je<br /> préfère mourir pauvre qu'humilié. Que mon peuple soit idiotement couplé avec l'étranger pour des raisons financières je ne le conçois pas.<br /> Le jour viendra où votre descendance, si elle est toujours Française, aura honte de porter votre nom. Car c'est à cause d'hommes comme vous que le sang coulera à flots sur nos terres. Je vous<br /> laisse imaginer les explosions, les corps démembrés, la poussière et le malheur qui sera engendré par votre ignorance. Je vous laisse.<br /> <br /> <br />
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B
<br /> Si vous permettez je vais vous citer:<br /> <br /> "Mais dans ce qui construit mon identité, il y a le pire et le meilleur."<br /> <br /> Certes, dans ce cas pourquoi ne pointer que les côtés négatifs de l'histoire française? Pourquoi ne pas parler de ses grandes réalisations? Qui sont autant de choses qui ont construit l'inconscient<br /> collectif d'un peuple.<br /> <br /> De même vis à vis de la religion, vous parlez des apports juifs, musulmans, athées à la nation, mais vous niez complètement ce qu'elle doit au christianisme. La France a-t-elle été la première<br /> fille de l'Eglise parce qu'elle était païenne ou athée? Vous parlez de mensonge, mais en mettant de côté l'importance du christianisme dans la construction de l'histoire de France vous n'êtes pas<br /> des plus honnêtes.<br /> <br /> <br />
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K
<br /> Être français, c'est recevoir un héritage, l'assumer, le respecter.<br /> C'est aimer charnellement cette Terre son histoire, ce qu'elle nous offre.<br /> C'est aimer la devise de la France "Liberté, Égalité, Fraternité, et se battre pour elle.<br /> <br /> C'est assumer notre héritage gaulois, latin, germain, ceux qui furent nos ancètres.<br /> <br /> C'est respecter l'oeuvre millénaire de nos parents, qui ont cultivé cette terre, se sont battus pour elle, pour la liberté.<br /> C'est respecter la statue de Dugesclin dans la Basilique St Denis, le château de Chambord, le mont St Michel, nos églises de village, les chateaux, les maisons anciennes, et être en même temps fier<br /> de nos réalisation scientifiques et techniques, de l'invention de l'hôpital et de l'université au moyen-âge, de la sécurité sociale et des congés payés de 1936.<br /> C'est être à la fois admiratif devant les jardins de Le Nôtre, la musique de St Saëns, la poésie de Bourvil ou de Gabin, mais aussi aimer la démocratie, la liberté des idées, les droits de l'Homme,<br /> et vouloir transmettre cela à nos enfants.<br /> <br /> C'est assumer notre héritage chrétien et humaniste, même si on n'est pas croyant, et mêm si on l'est.<br /> <br /> C'est la courtoisie, l'humour léger, la galanterie, même si nous tenont nos compagnes pour nos égales.<br /> <br /> C'est ne pas pouvoir être indifférent en voyant le soleil se lever sur les côtes de Meuse, en contemplant les blés de Beauce, du Gers, les vols de palombes du Sud Ouest, les vignes de<br /> Bourgogne.<br /> <br /> C'est être enfant de l'Europe, mais avec cet esprit railleur et honnète que nous tenons de gaulois, ou que nous leurs attribuons.<br /> C'est être prêt à se battre pour cela. Être prêt à se révolter pour protéger cette liberté et cette qualité d'être contre les obscurantismes.<br /> <br /> <br /> C'est aimer le vin, l'amour, la vie, et la désirer en abondance pour nous et les autres.<br /> <br /> <br />
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A
<br /> Glasgow et Jean-Luc, vous êtes tout simplement les meilleurs... Bravo, bravo, j'étais mort de rire en vous lisant !!<br /> <br /> <br />
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J
<br /> Tout à fait d'accord avec Glasgow! Moi quand j'ouvre un livre d'histoire j'ai honte d'etre européen et encore plus d'etre français. Y'en a qui se plaignent de devoir travailler 2 ou 3mois par an<br /> uniquement pour payer le coût de l'immigration et permettre à nos freres de coeur de vivre selon leurs traditions avec leur femme au foyer et une famille nombreuse.<br /> Mais je veux leur dire que c'est rien ça par rapport à la souffrance qu'on a infligé à ces peuples et qu'on continue à leur infliger par notre mépris. On devrait avoir honte d'etre plus riches et<br /> plus civilisés que nos freres d'afrique et du maghreb.Pour payer totalement notre dette envers eux, on devrait partir vivre dans l'endroit le plus pauvre et le plus puant du monde en leur laissant<br /> toutes nos richesses, et même nos filles les plus jolies pour qu'ils puissent assouvir leurs envies.ça ne serait qu'un juste retour des choses.<br /> <br /> <br />
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